Guerre d’Algérie, droits des immigrés, droit à l’avortement et émancipation des femmes, lutte contre le racisme et l’antisémitisme : Hélène Mouchard-Zay, figure orléanaise décédée en mars 2026, a été impliquée dans toutes les grandes luttes de son époque.
Par son soutien en tant que conseillère municipale de la Ville d’Orléans, Hélène a contribué à la création de Cent soleils. Nous avons par la suite entretenu des liens réguliers avec elle à travers ses nombreux engagements, notamment avec le CERCIL.
Le portrait étant un des axes de notre réflexion sur le cinéma documentaire, il s’imposait naturellement que nous lui rendions hommage par l’image.
Dans cet extrait, en s’appuyant sur l’exemple de la Shoah, elle explique en quoi elle est intimement convaincue que l’étude et la connaissance de l’Histoire sont un moyen essentiel pour savoir déceler et savoir lutter contre les extrémismes contemporains. Cette séquence a été montée à partir des rushes de l’entretien d’Hélène Mouchard-Zay dans le cadre d’un film sur les 30 ans du CERCIL (Centre d’Études et de Recherches sur les Camps d’Internement du Loiret) réalisé en 2021.
Hommage de Mohamed Ouzine, membre fondateur de Cent Soleils
« Cent Soleils se souvient avec gratitude du soutien d’Hélène Mouchard-Zay et de l’attention qu’elle nous a accordés au moment où tout commençait pour nous. Au début des années 2000, lorsque nous avons créé cette structure de cinéma à Orléans, nous étions des jeunes gens avec de l’enthousiasme, certes, mais très peu de certitudes. Hélène nous a reçus, écoutés, interrogés, encouragés. Elle prenait ce temps avec beaucoup de monde, et pour chacun d’entre nous, ce fut un temps marquant.
Ce qui frappait, c’était la manière qu’elle avait de regarder les gens. Un regard jamais distrait, et surtout pas condescendant. Il était attentif, égal, profondément humain. On avait le sentiment qu’elle nous accordait toute notre place, que rien n’était trop petit pour être entendu. Nous sommes nombreux à avoir fait cette expérience : passer une heure avec Hélène Mouchard-Zay et sortir convaincu d’avoir rencontré une personne rare.
Engagée dans la vie publique, elle ne donnait jamais le sentiment de « faire de la politique ». Elle faisait quelque chose de plus simple et de plus exigeant : elle s’adressait aux gens avec respect, curiosité, et confiance. C’est ainsi qu’elle a gagné, au fil des années, l’estime et l’affection de tant de personnes.
Dans son regard, il y avait aussi une vague inquiétude, une vigilance qui pointait. Hélène Mouchard-Zay savait trop bien, par son histoire et par celle de son père, que rien n’est jamais définitivement acquis. Elle redoutait le retour de l’extrême droite, des politiques de stigmatisation et de brutalité qui se nourrissent de la bêtise et de l’appauvrissement intellectuel. Hélène disparaît à un moment où cette menace se fait plus pressante que jamais.
Cela rend son absence plus sensible encore. Son amour profond de la culture comme rempart contre l’abrutissement et comme moyen de penser, de comprendre et de résister, nous a toujours inspiré et continuera à le faire. »
