PROGRAMMATION 1ER SEMESTRE
Édito du collectif de programmation
En 2026, Cent Soleils célébrera son quart de siècle.
25 ans plus tard, notre envie de montrer d’autres images de cinéma n’a pas faibli d’un iota. Pour nous le cinéma documentaire est un outil collectif remarquable et nous sommes convaincu·es de la nécessité de partir à la rencontre de l’autre, de mettre un pied (ou au moins un œil) dans sa réalité. La rencontre a aussi lieu dans la salle de projection. Partager un film, le voir ensemble, est une belle sensation, irremplaçable. Et rencontrer ceux qui l’ont fait, entendre leur obstination, leur courage et l’idée sans doute folle que leur regard compte, que c’est important, pour maintenant et pour la suite du monde, c’est aussi précieux, c’est ce qui nous tient.
Il y en aura pour tous les goûts ce semestre : démocratie locale, agriculture, foot, drag… La fête doit profiter à tous les cinéphiles, à tous les curieux, et elle se fera en présence de nombreux artistes. Et nous avons construit un cycle autour d’un sujet qui nous touche particulièrement : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Le documentaire brise le silence sur les vécus minimisés, oubliés, niés. Il confronte le regard dominant qui objectifie les êtres, il donne la parole aux victimes. Le documentaire fait résistance, l’art n’est pas simplement un miroir de la société, il nous éduque, il nous transforme, il nous émancipe aussi.
Le collectif de programmation de Cent Soleils.
La plaquette
PROGRAMMATION 2ND SEMESTRE
Édito de Tanguy Viel, parrain de Cent Soleils
Quelquefois, quand on se met à regarder du documentaire, on a le sentiment qu’on pourrait ne plus regarder que ça. Soudain, les détours de la fiction nous semblent dérisoires. Cela provient sans doute de cette charge propre au « document », pacte d’authenticité qui nous dit que « ça a eu lieu » et nous rappelle que nous habitons sous le même ciel. Après tout, c’est vrai : c’est là, dans ce gigantesque réservoir d’images filmées, que s’est en grande partie attestée la variété des manières de vivre, joies et souffrances mêlées. Serions-nous capables à ce jour d’évaluer la dette de notre savoir à l’égard de l’image documentaire ?
Mais enfin il y a autre chose. Autre chose qu’une simple quantité d’informations. Il y a que chaque vécu, chaque visage, chaque expérience exige sa part à elle d’irréductible. C’est à l’aune de ce seul souci, quête d’une vérité propre à chaque chose filmée, que le documentaire trouve sa véritable exigence. Si la variété du monde déteint sur la variété des films, ce n’est pas parce que le cinéma a mille « sujets de docu » à sa disposition mais bien parce qu’autant de sujets, autant de manières de filmer qui feront, ou ne feront pas, honneur et justice aux choses vécues. Au fond, ce que le documentaire réinvente sans cesse, au-delà de sa contribution civique à la grande conversation du monde, c’est sa propre inquiétude à filmer juste. Et c’est ce qui le rend quelquefois plus nécessaire que la fiction : ce combat à mains nues qu’il entreprend avec la rugueuse et fuyante réalité, dans une tension maximisée par l’enjeu de sa justesse qui est aussi, bien sûr, son éthique.
Une caméra. Un monde. Et maintenant qu’est-ce que je fais ? Dans la réponse à cette question se tiennent mille tremblements et promesses que 25 ans de Cent soleils (soit 2500 soleils quand même) n’ont eu de cesse de proposer au public, tournant les pages d’un immense album qui persiste chaque année à s’enrichir un peu plus. Continuons.
Tanguy Viel
